Archives de catégorie : Actualités

L’actualité sur les pesticides systémiques et le combat de l’Alliance pour l’Interdiction des Pesticides Systémiques (AIPS)

Une apicultrice interpelle les agriculteurs

Quand les mauvaises nouvelles s’accumulent…

Par Julie Fontaine, productrice maraîchère et apicole de St-Georges-de Windsor.
Texte paru dans le bulletin « Solidarité agricole de l’Estrie »  reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteure.
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Dans la semaine du 9 octobre, une nouvelle tuile tombait sur les apiculteurs, notre miel est contaminé par les néonicotinoïdes dans une proportion pouvant aller jusqu’à 85 %.

Chaque année, malgré une gestion des ruchers très serrée pour le contrôle des acariens et autres petits troubles propres à nos abeilles, mes collègues apiculteurs et moi devons faire face à une mortalité qui oscille entre 30 % et 50 % peut-être même plus. Cette mortalité tout à fait exagérée est directement reliée à l’utilisation des pesticides en milieu agricole. Je ne vous apprends rien de nouveau, j’en suis certaine, mais ce dont je veux vous faire part c’est ma perception en tant qu’agricultrice membre de l’UPA.
Pour résumer ma vision de la chose, c’est comme si une faucheuse passait dans vos champs chaque mois d’août et rasait entre 30 % et 50 % de vos cultures, sans que vous puissiez dire ou faire quoi que ce soit. Vous seriez en beau siffleux!
C’est malheureusement ce qui m’arrive à chaque fin d’hiver, quand je sors mes ruches et que je constate une mortalité anormale causée justement par les pesticides utilisés par mes voisins. La faucheuse passe dans mon rucher chaque année!
Dans un rapport accablant datant de mars 2017, le Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies fait le lien direct entre l’utilisation des pesticides et leur impact sur l’environnement, la société et la santé des individus partout sur cette planète. Les recommandations émises à la fin de ce rapport sont très rigoureuses, restrictives et visent à diminuer radicalement l’accès aux pesticides pour les agriculteurs du monde entier. Comparée à tout ça, la Stratégie québécoise sur les pesticides, tant décriée par les agriculteurs, va nous donner l’impression d’une bande dessinée pour enfants.  Aujourd’hui, c’est le miel qui est contaminé, demain ce sera peut-être au tour du lait, du sirop d’érable, peut-être d’autres produits aussi. Imaginez le cauchemar si d’autres produits venaient à tomber sous la loupe des techniciens de laboratoire!
Après des années de discussions avec les grandes compagnies de pesticides, force est de constater que rien ne va plus.  Laissons donc les grands faire semblant que tout va pour le mieux dans leur monde et prenons en main notre environnement et notre destinée en tant qu’agriculteurs. Vous avez le gros bout du bâton puisque vous êtes acheteurs de semences. C’est la magie de notre beau système capitaliste. Aucune compagnie ne peut fonctionner si personne ne veut acheter leurs produits. Appelez votre semencier et
exigez les semences non enrobées de néonics. Vous en êtes capables
et je le sais parce qu’il n’y a rien de plus tenace qu’un agriculteur décidé à faire changer les choses. Pensez à vous, votre famille et surtout les petits-enfants qui ne sont p eut-être pas encore nés. Si vous avez le bonheur d’ héberger un apiculteur sur votre terre, quand ce dernier viendra vous porter une caisse de son précieux liquide, dites-lui que vous avez utilisé des semences non enrobées; que vous l’avez fait parce que vous aviez le contrôle total sur cette décision et que c’était votre geste pour l’environnement en 2018!
De mon côté, quand je vais m’asseoir à la table de mon syndicat, je vais peut-être pouvoir arrêter de me rentrer la tête dans les épaules et finalement sourire à tous mes collègues agriculteurs en me disant que finalement, on rame dans le même sens.
Bon hiver à vous et à mes abeilles.
 

Modifications réglementaires sur les pesticides : l’AIPS fait ses recommandations

Près de deux ans après l’annonce de la Stratégie gouvernementale sur les pesticides 2015-2018, le gouvernement sort enfin de son inaction! Le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques propose de modifier le Code de gestion des pesticides et le Règlement sur les permis et les certificats pour la vente et l’utilisation des pesticides.

L’annonce semble toutefois confirmer une vision largement insuffisante du problème de la surutilisation abusive et systématique des pesticides systémiques au Québec et du cercle vicieux dans lequel les agriculteurs sont piégés.

L’AIPS, qui vise une interdiction complète des pesticides systémiques, est préoccupée par les impacts de la réglementation québécoise des pesticides sur la santé humaine et la santé de l’environnement. C’est pourquoi l’Alliance a communiqué ses recommandations au ministre. En voici la synthèse :

Recommandations générales

  • Recommandation 1 : La mise en place d’un plan d’action concret de réduction des pesticides, global et cohérent, comportant des échéanciers précis. Il est également impératif que le gouvernement priorise les actions et accélère la mise en œuvre de ses dernières dans ce dossier.
  • Recommandation 2 : D’élargir le nombre de pesticides concernés par le règlement pour y inclure l’ensemble des pesticides systémiques, y compris le glyphosate, le pesticide le plus utilisé au Québec.
  • Recommandation 3 : Qu’une stricte séparation des activités de ventes et de conseils des agronomes soit imposée.
  • Recommandation 4 : Une augmentation des ressources humaines pour garantir une application effective et cohérente des lois et règlements concernant les pesticides.
  • Recommandation 5 : Que des formations obligatoires sur les risques liés à l’usage des pesticides et sur l’agriculture biologique et les méthodes de lutte intégrée soient présentes dans les formations des agriculteurs et de tous les intervenants agricoles (ouvriers agricoles, conseillers agricoles, agronomes, etc.).
  • Recommandation 6 : Que des formations de mise à niveau soient exigées à chaque renouvellement de permis d’application de pesticides.
  • Recommandation 7 : L’interdiction progressive avant 2020 de l’ensemble des pesticides systémiques pour tous leurs usages.

Recommandations spécifiques

  • Recommandation 8 : Nous demandons une définition stricte du terme Biopesticides comprenant des critères précis sur l’innocuité des matières actives et adjuvant sur la santé et l’environnement.
  • Recommandation 9 : Il est proposé que l’avis de notification du titulaire d’un permis auprès de la personne chargée d’assurer l’administration de l’établissement soit outre les éléments requis par le règlement, rendus obligatoirement public et affiché dans le lieu d’application, afin, entres autres, de pouvoir garantir auprès des employés, des usagers du bâtiment ou du public que le délai de réentrée soit observé de façon satisfaisante.
  • Recommandation 10 : Nous demandons:
    • De compléter la liste des molécules concernées en ajoutant les molécules présentant des caractéristiques similaires, car appartenant aux huits néonicotinoïdes commercialisés : acétamipride, thiaclopride, sulfoxaflor, dinotefuran, nitenpyram.
    • De compléter la liste en ajoutant les molécules suivantes réputées pour leur dangerosité à la catégorie mentionnée afin de renforcer la cohérence de la modification règlementaire : fipronil, deltaméthrine et glyphosate et tous les cis-néonicotinoïdes potentiels tel que le paichongding ou le cycloxaprid.
    • De fixer des critères précis et cohérent régissant la liste des pesticides des catégories 1 à 3 et 3A.
  • Recommandation 11 : Nous demandons que le MDDELCC en collaboration avec le MAPAQ garantisse un nombre d’inspecteurs indépendants d’agronomes alloués à ce rôle en cohérence avec le nombre de prescriptions données.
  • Recommandation 12 : Nous demandons que les justifications agronomiques de l’utilisation des pesticides soient communiquées par défaut par l’agronome au MDDELCC et que ce dernier constitue un registre public informatisé qui soit  librement consultable par le public.
  • Recommandation 13 : Nous demandons que pour les deux catégories – Pesticides de la classe 3A et Pesticides de la classe 1 à 3 – les dispositions du règlement entrent en vigueur au 1er avril 2018.
  • Recommandation 14 : Il est proposé d’inclure dans la classe 3A tous les types de semences sans exclusions (et non seulement les semences d’avoine, blé, canola, maïs, orge et soja).
  • Recommandation 15 : L’AIPS demande qu’un registre public soit créé pour toutes les catégories de pesticides mentionnées dans les articles 47 à 65.

Consulter les recommandations détaillées de l’AIPS.

La dépendance des agronomes aux vendeurs de pesticides

En complément de l’article  “Trop de pesticides inutiles dans les champs” publié par Radio-Canada, l’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques rend public une lettre adressée au Ministère de l’environnement (MDDELCC) en avril 2016 qui dénonce clairement le risque de collusion des agronomes avec les vendeurs de pesticides. Alors que le ministère a enfin publié un nouveau règlement concernant la gestion des pesticides (lire l’article paru dans Le Devoir) il a  pourtant ignoré le risque de collusion flagrant dont il avait connaissance.

Voici certains extraits de la lettre envoyée par l’AIPS le 29 avril 2016 (consulter la lettre complète à ce lien) :

« (…) nous vous écrivons pour vous faire part de notre préoccupation vis-à-vis de l’absence de garantie d’indépendance de l’ordre des agronomes du Québec (OAQ).

En effet, nous avons pris connaissance de la liste des membres constituant le Groupe de travail chargé de « développer des propositions relatives aux exigences associées à une justification agronomique pour recommander certains produits phytosanitaires à risque élevé au comité tripartite MDDELCC-MAPAQ-Ordre » .

Or, il est frappant de constater que ce dernier (dont la composition est disponible) est composé de 5 agronomes représentant directement l’industrie des pesticides (Bayer, Syngenta, Dow, SynAgri, La Coop Fédérée). (…) Force est de constater que l’OAQ ne respecte pas son propre code de déontologie.

Lorsque nous nous penchons sur ce code de déontologie, il est assez cocasse de voir la façon dont l’Ordre s’explique dans un document publié sur leur site internet [retiré depuis]. En effet, on peut lire à la question :  « Est-ce que certains facteurs externes (pressions financières ou de tiers) affectent sa capacité [l’agronome] à recommander le meilleur produit pour traiter le problème diagnostiqué ? La réponse est qu’aucun agronome ne devrait accepter un mandat si on peut douter de sa loyauté ou de son intégrité. ».
Toutefois, l’on découvre un peu plus bas dans le document avec surprise que cette consigne pourtant explicite disparaît lorsque l’OAQ aborde la question de la rémunération des agronomes par les entreprises phytosanitaires qui les emploient « … il faut préférablement que la fraction variable du salaire [de l’agronome] soit assez faible et qu’elle soit associée à des critères qualitatifs de performance de l’employé ou à un objectif général de vente, plutôt qu’à la quantité de produits vendus. »

L’on s’aperçoit donc qu’un agronome travaillant pour l’industrie ne doit « préférablement » pas être rémunéré à la commission et qu’une rémunération à l’ « objectif général de vente » serait acceptable. Il est frappant de voir comment l’ordre gère les conflits d’intérêts.

Au regard des aspects précédemment cités, nous souhaitons avoir des précisions quant aux garanties dont le ministère prévoit de se doter pour s’assurer que les justifications agronomiques des pesticides dangereux, tout comme l’étape même de définition de la dangerosité de ces pesticides se fassent de façon clairement indépendante de l’industrie de production ou distribution des pesticides. Dans les conditions actuelles, il apparaît que l’Ordre des agronomes n’apporte pas les garanties suffisantes pour exclure le risque de conflit d’intérêts. (…) ».

De plus cette lettre fait suite à une tentative de dialogue avec l’OAQ (lire l’article L’AIPS interpelle l’OAQ)

Ainsi l’AIPS, devant le mutisme du ministère de l’environnement et de l’OAQ, souhaite mettre l’emphase sur ses demandes au MDDELCC concernant les agronomes :

  • Qu’une stricte séparation des activités de ventes et de conseils soit mise en œuvre de façon légale.
  • Que des formations obligatoires sur les risques liés à l’usage des pesticides et sur l’agriculture biologique soient présentes dans les formations des agriculteurs et de tous les intervenants agricoles (conseillers agricoles, agronomes, etc.).

Ces deux conditions sont minimalement requise pour assurer un conseil adéquat des agriculteurs ainsi que la sécurité du public.

Contamination de l’eau potable

Equiterre dévoile la présence de l’atrazine dans l’eau potable des Montréalais! Qu’en est-il de la contamination de notre eau aux pesticides systémiques, dont les néonics?

L’AIPS salue la démarche d’instigation d’Equiterre et partage ses inquiétudes au sujet de la contamination de l’eau potable par l’atrazine. L’AIPS souhaite également sonner l’alarme non pas seulement pour cet herbicide, mais pour une grande quantité de pesticides tout aussi dangereux pour la santé et l’environnement et largement utilisés en agriculture au Québec. Il s’agit des pesticides systémiques, dont les néonicotinoïdes.

En effet, à la suite au dévoilement des résultats de la compagne de suivi de la qualité de l’eau des cours d’eau 2011­-2014 du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques démontrant la présence des néonicotinoïdes dans toutes les rivières échantillonnées en zones agricoles au Québec (1), l’AIPS s’est inquiétée de la présence de ces pesticides dans l’eau potable, car celle-ci provient principalement des eaux de surface.

Le rôle essentiel des municipalités

Nous avons de ce fait demandé lors du conseil municipal d’octobre 2015 à de la ville de Montréal si cette dernière analysait les néonicotinoïdes dans l’eau potable qu’elle dessert à ses citoyens. La seule réponse obtenue suite à cette intervention est que la ville n’avait aucune obligation légale à le faire. Elle a de plus ajouté que l’eau potable desservie est de très bonne qualité ! Quels autres paramètres la ville exclut-elle pour justifier cette bonne qualité de l’eau?  Quelle est la situation pour les plus petites municipalités au Québec? Sachant que l’atrazine, un paramètre obligatoire à analyser n’est analysé que 4 fois par année, cela nous fait sérieusement douter de la qualité de l’eau que nous buvons.

D’autre part, qu’il s’agisse de l’atrazine ou des néonicotinoïdes nous constatons une discordance entre les normes de qualités de l’eau européennes et québécoises avec des normes plus rigoureuses en Europe. Serait-ce un  autre moyen  pour ignorer la problématique de la contamination ? Il en va sans dire que les effets cumulatifs et cocktails sont encore très peu évalués.

Enfin, les raisons qui justifient l’analyse des pesticides systémiques, dont les néonicotinoïdes dans l’eau, sont très nombreuses, mais n’ont pas réussi à convaincre la ville de Montréal qui prend cette problématique à la légère.

L’AIPS est d’avis à ce que les autorités compétentes cessent de nier le problème et prennent leurs responsabilités afin de garantir une eau potable sans danger à ces citoyens.

Pour consulter l’intégralité du document envoyé à la ville de Montréal en date du 13 décembre 2015 et resté sans réponse ! cliquez ici.

L’AIPS  demande au gouvernement du Québec de résoudre le problème de la contamination environnementale dont celle de l’eau à la source en interdisant la vente et l’usage des pesticides systémiques, dont les néonicotinoïdes

(1) Giroux, I. (2015). Présence de pesticides dans l’eau au Québec : Portrait et tendances dans les zones de maïs et de soya – 2011 à 2014, Québec, ministère du Développement durable, de l’Environnement de la Lutte contre les changements climatiques, Direction du suivi de l’état de l’environnement, ISBN.

Communiqué : Influence disproportionnée de l’industrie concernant les audiences sur l’imidaclopride

Le Comité de la Chambre des communes débute les audiences sur l’imidaclopride sous une influence disproportionnée de l’industrie

Ottawa, le 6 mars 2017 — Les principaux groupes environnementaux, des défenseurs de la santé et des mouvements de mobilisation soulèvent leurs inquiétudes devant l’évaluation partiale de la proposition d’abandon graduel des pesticides composés d’imidaclopride, l’un des trois insecticides controversés largement utilisés de la classe des néonicotinoïdes (« néonics »). L’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) du Canada a proposé l’abandon graduel des principales utilisations de l’imidaclopride d’ici trois à cinq ans, après qu’une évaluation environnementale ait mis au jour des niveaux dangereux du produit chimique contaminant l’environnement.

Le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des communes a demandé la prolongation de la période de commentaires afin d’étudier la proposition lors d’audiences qui débuteront mardi. L’avis publié sur le site Web du comité pour la rencontre de mardi mentionne CropLife Canada (l’association commerciale de l’industrie des pesticides), aux côtés de Syngenta Canada et de Bayer CropScience Inc. (des fabricants de pesticides néonics) comme témoins. Des représentants de l’ARLA et d’Agriculture et agroalimentaire Canada sont également invités à être présents. Environnement et Changement climatique Canada ne se retrouve pas dans la liste des témoins. Aucun des groupes à l’origine du présent communiqué de presse n’avait été invité à participer aux audiences. Une heure après la diffusion de la version originale ce matin, la Fondation David Suzuki a reçu une invitation à témoigner devant le comité.

« Il semble que le Comité ait décidé de ne donner la parole qu’aux lobbyistes de l’industrie, qui sont contre la restriction des pesticides. Il est inquiétant de constater que les enjeux environnementaux se retrouvent en bas de la liste de priorités », mentionne Sidney Ribaux, directeur général d’Équiterre.

« Les scientifiques indépendants mettent en garde contre l’utilisation massive de néonics, car ceux-ci menacent de nombreuses espèces », explique Lisa Gue, analyste senior des politiques en santé environnementale de la Fondation David Suzuki. « Nous recommandons vivement à l’ARLA d’entériner sa décision sur l’abandon graduel de l’imidaclopride, de devancer l’échéancier et d’entreprendre des actions parallèles pour l’interdiction des autres néonics. »

« Il y a eu un appui massif du public en faveur de la proposition du Canada d’interdire l’un des néonics les plus nocifs », ajoute Liz McDowell, directrice de campagne pour SumOfUs. « Les gens savent que l’utilisation répétée de ces produits chimiques n’est ni nécessaire ni durable, et ils ne veulent pas voir les lobbyistes de l’industrie aller contre une mesure de cette importance. »

Plus de cinq millions de personnes, dont des centaines de milliers de Canadiens, ont signé les pétitions d’Avaaz et de SumOfUs réclamant l’interdiction des néonics et déjà plus de 110 000 Canadiens ont soumis des commentaires individuels à l’ARLA en soutien à l’interdiction de l’imidaclopride.

La mortalité massive d’abeilles liée à l’utilisation des néonics en agriculture a motivé les chercheurs et les organismes de régulation du monde entier à réévaluer les pesticides ces dernières années. En 2015, le Task Force on Systemic Pesticides, un groupe de travail international regroupant des scientifiques indépendants, a évalué plus de 1 000 études scientifiques sur les néonics. Ils y ont trouvé la preuve évidente de leur nocivité pour les abeilles et autres pollinisateurs, les invertébrés terrestres tels que les vers de terre, les invertébrés aquatiques et les oiseaux. Le groupe de travail a sonné l’alarme au sujet de ces pesticides qui détruisent des services écologiques comme la pollinisation, lesquels s’avèrent essentiels à une sécurité alimentaire à long terme. Les dernières recherches montrent que les néonics et leurs résidus sont potentiellement nocifs pour la santé humaine.

L’Union européenne interdit partiellement les trois néonics, y compris l’imidaclopride et la France a récemment adopté une loi interdisant tous les néonics à partir de septembre 2018.

Au Canada, l’ARLA a réévalué l’imidaclopride l’année dernière et a conclu que son utilisation n’était pas durable en raison des risques pour les écosystèmes aquatiques. Les résultats de l’évaluation environnementale démontrent la présence d’imidaclopride dans les lacs et rivières du Canada à des niveaux considérés comme nocifs pour les insectes aquatiques essentiels à la santé des écosystèmes aquatiques. L’évaluation n’a pas pris en compte les risques pour les pollinisateurs, pour lesquels l’ARLA mène une évaluation dans un processus distinct, en partenariat avec l’Environmental Protection Agency (EPA) aux États-Unis, laquelle se déroule depuis 2012.

« Nous aimerions voir une action rapide pour contrer la contamination de l’environnement par l’imidaclopride », plaide John Bennet du groupe des Ami(e)s de la Terre. « Aucun argument scientifique ne justifie sa présence sur le marché pour un autre trois à cinq ans. »

Le directeur de campagne d’Avaaz, Danny Auron, ajoute que « ce produit chimique menace la fragile toile de la vie, des insectes aquatiques aux abeilles et aux oiseaux. C’est pourquoi des millions de personnes pressent le gouvernement de placer la protection des abeilles, de la population et de l’environnement devant les intérêts toxiques de l’industrie. »

L’ARLA se penchera jusqu’au 23 mars 2017 sur la proposition d’abandon graduel de l’imidaclopride, avant d’émettre une décision définitive plus tard dans l’année.

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Diffusé au nom des groupes suivants :

  • Fondation David Suzuki
  • Avaaz
  • SumOfUs
  • Équiterre
  • Ami(e)s de la Terre
  • Association canadienne du droit de l’environnement
  • Environmental Defence
  • Prevent Cancer Now
  • Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques
  • Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME)

 

Réévaluation du pesticide imidaclopride : une interdiction est nécessaire pour la protection des citoyens et de l’environnement

Réévaluation du pesticide imidaclopride : une interdiction est nécessaire pour la protection des citoyens et de l’environnement

Montréal, le 23 novembre 2016 L’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques (AIPS) salue la proposition de Santé Canada d’éliminer progressivement sur trois à cinq ans l’imidaclopride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes. C’est un pas dans la bonne direction même si l’annonce doit être confirmée après la période de consultation. Cette action sort enfin l’ARLA de l’immobilisme sur la question des pesticides systémiques, mais reste en deçà des attentes de bases nécessaires pour une protection des citoyens et de l’environnement.

Toutefois, cette annonce arrive déjà tard et la démarche sera longue, déplore l’AIPS. « La majorité des néonics, dont l’imidaclopride, sont toujours autorisés sur une base temporaire, alors pourquoi ne pas retirer leur homologation le plus rapidement possible? Trois à cinq ans, c’est énorme quand on doute de la sécurité d’un produit. Il faut appliquer le principe de précaution. », a déclaré Pascal Priori, porte-parole de l’AIPS. En effet l’ARLA a autorisé de façon conditionnelle les néonicotinoïdes dont huit d’entre eux ont obtenu cette homologation “temporaire” sur une période de plus de 10 ans (1). De plus, ce geste intervient trois ans après que l’ARLA ait « conclu que les pratiques agricoles actuelles liées à l’utilisation de semences de maïs et de soja traitées avec des néonicotinoïdes ne sont pas viables. » (2).

Par ailleurs, Santé Canada ne change aucunement sa méthode d’analyse et de gestion des risques. “Santé Canada adopte une approche incroyablement décalée avec le temps. En effet, des produits à base d’imidaclopride ont été interdits dès 1999 en France. L’approche de réguler ces pesticides plusieurs dizaines d’années après leur homologation est irresponsable”. De plus, l’imidaclopride n’est qu’un des pesticides systémiques dangereux. L’AIPS est d’ailleurs rassurée de savoir que l’agence réglementaire s’intéresse aussi à la clothianidine et au thiaméthoxame.

Enfin, l’Alliance rappelle que les récentes études démontrent que l’utilisation systématique injustifiée des pesticides est inutile dans 95% des cas (3). L’AIPS demande donc au gouvernement du Canada de :

  • retirer l’homologation des pesticides systémiques comme les néonicotinoïdes (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame) et le fipronil;
  • De prioriser des solutions antiparasitaires durables telles que la lutte intégrée et l’agroécologie;
  • de modifier le processus d’homologation en obligeant la réalisation d’études scientifiques indépendantes permettant d’évaluer tous les effets à long terme des pesticides (effet cocktail, doses sous-létales) sur la biodiversité et la santé.

    Manifestation contre le gaucho, pesticide à base d'imidaclopride
    Manifestation contre le gaucho, pesticide à base d’imidaclopride

Rapport du Vérificateur général: l’AIPS presse le gouvernement d’agir.

Le rapport du Vérificateur général du Québec démontre l’inefficacité des règlementations  : l’AIPS presse le gouvernement d’agir.

Le 2 juin, le Rapport du Vérificateur général du Québec pour l’année 2016-2017 révèle l’analyse de la situation de l’utilisation des pesticides en milieu agricole. Force est de constater que ce dernier démontre le scandale en cours et corrobore les arguments avancés par l’AIPS depuis plusieurs mois.

Ce rapport nous rappelle une fois de plus que les tentatives gouvernementales pour encadrer de plus près la loi sur les pesticides ne suffisent pas à garantir la moindre action. En effet, depuis 1992, le gouvernement du Québec tente par diverses stratégies et plans d’action, de réduire l’usage des pesticides en milieu agricole, sans qu’aucun moyen règlementaire réellement sérieux ne soit mis en oeuvre. Au contraire, la situation s’aggrave d’année en année:  “Ainsi, l’augmentation des ventes de pesticides se poursuit et les indicateurs de risque qui y sont associés étaient à la hausse en 2014, malgré l’adoption de la première stratégie phytosanitaire il y a près de 25 ans.” (1) pointe le rapport du Vérificateur. Le même rapport souligne des faits inquiétants tels qu’ “À l’échelle provinciale, il n’y a aucune interdiction pour les produits homologués en milieu agricole”.

Concernant les pesticides systémiques et les néonicotioïdes, le rapport en fait un cas d’exemple de la “ surutilisation de certains pesticides”. Il pointe notamment l’utilisation préventive non justifiée de ces derniers, les risques pour la santé à travers la contamination de l’eau et l’impossibilité de les éviter en rinçant les fruits et légumes.

“Il n’y a aucune certitude que la situation s’améliore puisqu’en suivant le dossier, nous constatons que l’annonce de la stratégie québécoise sur les pesticides en novembre 2015 ne présente aucune garantie sur la réduction effective de l’utilisation des pesticides, qu’elle dépasse déjà les délais fixés de l’hiver 2016 pour le dépôt du projet de loi modifiant la loi sur les pesticides. De plus, elle confie la responsabilité de réduction de l’usage des pesticides aux agronomes pourtant majoritairement employés par les vendeurs de ces mêmes pesticides (2). Bref, un discours d’intention qui ne prend pas la mesure du scandale de santé publique et environnementale.” a déclaré Pascal Priori, porte-parole de l’AIPS.

L’AIPS demande au gouvernement du Québec et du Canada de mettre en œuvre le plus rapidement les recommandations du rapport du vérificateur, dont l’application des principes de précaution et de prévention prévus dans la loi sur le développement durable ; d’interdire les pesticides les plus à risques, d’employer les moyens adéquats pour garantir le respect de ses objectifs et annonces.

(1)Les citations sont issues du Rapport du Vérificateur général du Québec pour l’année 2016-2017.
(2) Le rapport souligne le fait que la majorité des agriculteurs ont recours directement aux services des agronomes travaillant pour les vendeurs de pesticides : “ Le coût des services des agronomes de l’industrie est inclus dans le prix des produits vendus aux agriculteurs, alors que 30 % du coût des services doit être assumé par le producteur s’il utilise les services-conseils financés par le MAPAQ.”

L’AIPS pose ses questions à l’Ordre des agronomes du Québec

L’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques (AIPS) a récemment contacté l’Odre des agronomes du Québec (OAQ) pour leur adresser une liste de neuf questions concernant leur position par rapport aux pesticides systémiques et leur rôle dans les orientations des politiques publiques québécoises. Voici ci-dessous la liste de questions que nous leur avons adressée. La réponse reçue est publiée au bas de ce même article.

Ce dialogue est apparu nécessaire notamment pour mieux comprendre les prises de position publiques de l’OAQ lors de la précédente année (voir article) .

Voici les questions transmises à l’Ordre des agronomes du Québec.

Au sujet des néonicotinoïdes :

  1. Y a-t-il des avantages agronomiques liés à l’utilisation des pesticides systémiques et en particulier les néonicotinoïdes?
  2. Pourquoi, selon l’Ordre, serait-il  nécessaire d’utiliser ces pesticides de façon préventive et systématique? L’OAQ a-t-elle une position relativement à cette méthode d’utilisation (semences enrobées)?
  3. Est-ce que des agronomes offrent un service agronomique pour les agriculteurs qui souhaitent effectuer une transition vers l’agriculture biologique ou du moins l’utilisation de semences non enrobées dans le cas du maïs, par exemple?
  4. Considérez-vous que les agriculteurs peuvent réellement faire un choix entre l’utilisation de pesticides dans les grandes cultures et des méthodes alternatives?

Au sujet de l’Ordre des agronomes du Québec :

  1. Quel est le rôle des agronomes dans la définition des lois ou règlements concernant les pesticides, à ce jour?
  2. L’Ordre des agronomes a-t-elle énoncé des lignes directrices concernant les recommandations de pesticides, dans le cadre de la nouvelle réglementation sur les pesticides?
  3. Est-ce que l’OAQ évalue les risques de conflits d’intérêts et leur impact sur la pratique, la réputation de ses membres ainsi que de l’ordre?
  4. Quels sont les mécanismes d’accompagnement et de conseils des agriculteurs pour le choix des produits de luttes antiparasitaires au Québec? Quelle est la contribution des membres de l’OAQ dans ce processus?
  5. Quel est le rôle des agronomes dans la promotion de pratiques plus durable en agriculture?

Voici à ce lien les réponses reçues le 1er avril par l’Ordre des agronomes du Québec.

L’AIPS regrette toutefois le fait que la correspondance de l’Ordre des agronomes du Québec ne réponde pas explicitement aux questions adressées et qu’elle ne couvre pas l’ensemble de ces dernières.

Si l’AIPS reconnaît les récents efforts d’encadrement, tels que la proposition de la Grille de référence sur l’élaboration d’un plan de phytoprotection, nous pensons que les questions précédemment adressées demeurent pertinentes et pourtant sans réponses. L’AIPS est avant tout concernée par le fait que ces pesticides continuent d’être utilisés de façon systématique et préventive sans qu’il n’y ait d’intérêts agronomiques significatifs. En ce sens, les éléments de réponses fournis par l’OAQ ne permettent pas de comprendre pourquoi de telles pratiques perdurent.

Réaction à la stratégie québécoise sur les pesticides

L’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques  est insatisfaite de la Stratégie québécoise sur les pesticides. Voici le communiqué de presse.

Le 22 novembre 2015, Montréal – L’Alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques (AIPS) demeure sur sa faim face à la Stratégie québécoise sur les pesticides, dévoilée par le ministre Heurtel dimanche. Bien que l’Alliance salue le fait que le ministère de l’Environnement effectue enfin un pas en avant en matière d’encadrement des pesticides les plus à risques, l’absence de cibles précises et de volonté d’interdiction totale est décevante. D’ici la modification de la Loi sur les pesticides, la Stratégie demeure une coquille presque vide.

« Le ministère reconnait finalement les risques des pesticides les plus à risques sur la santé de la population, sur les pollinisateurs et sur l’environnement. Cependant, nous remarquons l’absence d’ambitions supplémentaires, puisque Québec ne fait que réitérer l’objectif de la Stratégie phytosanitaire de réduire de 25 % les risques pour la santé et l’environnement liés à l’utilisation des pesticides en milieu agricole, annoncé il y a plus de quatre ans. L’annonce de ce matin, espérons-le, permettra du moins d’atteindre cet objectif. », espère Geneviève Rajotte Sauriol, membre fondatrice de l’AIPS.

« La Stratégie vise surtout à faire cesser l’utilisation systématiques des pesticides les plus à risques, en exigeant que leur usage soit justifié par un agronome. Tout reposera donc sur les agronomes, dont nous questionnons la position en matière de pesticides et dont l’indépendance est parfois remise en cause. En effet, comment faire confiance à la prescription d’un agronome employé par l’industrie même qui produit les semences enrobées de pesticides? », souligne Pascal Priori, également membre fondateur de l’AIPS.

L’enjeu sera maintenant de concrétiser les orientations annoncées grâce à la modification de la Loi sur les pesticides, qui aura lieu à l’hiver 2016. L’AIPS surveillera évidemment l’annonce du projet de loi et espère participer aux consultations. L’Alliance demande entre autres :

  • L’interdiction de l’usage de l’ensemble des pesticides systémiques pour tous leurs usages;
  • D’élargir la définition des pesticides les plus à risque pour y inclure l’ensemble des pesticides systémiques, y compris le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au Québec;
  • Que des formations obligatoires sur les risques liés à l’usage des pesticides et sur l’agriculture biologique soient présentes dans les formations des agriculteurs et de tous les intervenants agricoles (conseillers agricoles, agronomes, etc.).

L’AIPS déplore finalement que la Stratégie ne fasse aucune mention de l’agriculture biologique ni même de la lutte intégrée. Il est important de repenser le modèle agricole dans son ensemble et de miser sur la synergie entre l’agriculture et les écosystèmes, à leurs plus grands bénéfices.

Lire l’entrevue donnée au Journal metro

Réécoutez l’interview de Pascal Priori sur les ondes de CIBL pour l’émission Montréal par la racine : Emission du 24/11/2015

réaction AIPS conference ministre
Conference du ministre au Jardin botanique

Soirée-conférences et lancement de l’AIPS !

Nous sommes très fier d’annoncer le lancement officiel de l’alliance pour l’interdiction des pesticides systémiques (l’AIPS).
Pour l’occasion, nous vous invitons à vous joindre à nous lors d’une soirée-conférences le jeudi 19 novembre.

Signez la déclaration en ligne et inscrivez-vous à l’événement facebook!

Où : au Santropol roulant – 111, rue Roy Est
Quand : Le 19 novembre dès 18h

Au programme :

  1. Une conférence de Maxime Gauthier, du Centre Toxen sur Les risques des pesticides systémiques sur la santé et la biodiversité.
  2. Une discussion animée en présence d’un agriculteur et d’un apiculteur aux prises avec les pesticides.
  3. Une présentation sur Les pesticides systémiques : le retard du Québec et du Canada sur le reste du monde.

Sans oublier un mot sur l’AIPS et sa mission!

La soirée se conclura avec toast, des bouchées et du réseautage entre citoyens et organisations, pour un lancement festif de l’AIPS !

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